Entre 70 et 100 cahiers des charges arrivent chaque semaine dans les bureaux d’étude de Getelec, à Buc, dans les Yvelines. Derrière chacun d’eux se cache un industriel de la défense, de l’aéronautique ou du secteur spatial à la recherche d’un matériau capable de protéger ses équipements contre les interférences électromagnétiques. Depuis 1968, l’entreprise francilienne traduit ces exigences en élastomères qui garantissent l’intégrité électromagnétique des systèmes critiques de ses clients.
Tout équipement électronique émet des ondes parasites et peut être perturbé par celles de son environnement. Une telle perturbation peut gêner le fonctionnement d’un radar, d’un satellite ou encore d’un système de communication militaire. Les élastomères conducteurs fabriqués par Getelec immunisent les équipements contre ces interférences. Ils prennent la forme de joints souples, proches du silicone dans leur apparence, dans lesquels sont intégrées des particules conductrices principalement à base d’argent.
Placés sur les ouvertures d’un boîtier électronique, à la jonction de deux pièces ou autour d’un connecteur, les élastomères empêchent les ondes électromagnétiques d’entrer ou de sortir de l’équipement. Ils permettent par exemple à une radio militaire chiffrée d’émettre sur les bonnes fréquences sans rayonner là où elle ne le devrait pas pour ne pas être interceptée. Les joints de blindage CEM (Compatibilité Électromagnétique) sont donc un composant stratégique capable de garantir la supériorité opérationnelle des forces armées sur le terrain.
Getelec maîtrise la chimie de ces matériaux et travaille sur des bases élastomères variées qu’elle formule elle-même pour y intégrer les charges conductrices dans les bonnes proportions afin de répondre aux cahiers des charges de ses clients industriels.
“80 % de nos élastomères sont conçus sur-mesure pour répondre aux contraintes opérationnelles de nos clients”
explique Olivier Dusailly, directeur général. La PME collabore notamment avec des acteurs comme Thales, Safran, MBDA et Dassault.
Dans le domaine du blindage CEM, le temps entre la définition d’un besoin et la mise en production est un facteur aussi important que la performance technique. Getelec intègre cette contrainte en concentrant l’ensemble de ses activités sur son site de Buc, de la chimie à la fabrication. La PME réduit ainsi les allers-retours et raccourcit les cycles de production.
“Nos délais de livraison se situent entre 4 et 8 semaines à partir de la réception du cahier des charges pour la fabrication de plusieurs centaines ou milliers de pièces”
révèle Olivier Dusailly.
En amont de la production, les équipes commerciales qualifient les besoins des industriels. Chaque cahier des charges reçu fait l’objet d’une analyse structurée. Le Getelec LAB prend ensuite le relais pour développer de nouvelles formules, mais aussi pour déformuler et caractériser les matières existantes.
Quel que soit le volume de production, Getelec internalise l’ensemble de la chaîne de valeur. “Nous avons à cœur de maîtriser parfaitement toute la chaîne de fabrication pour garantir à nos clients le respect de leurs délais et maintenir une qualité constante”, résume Olivier Dusailly.
Getelec consacre chaque année 12 % de son chiffre d’affaires à la recherche et à l’amélioration de son outil industriel. Plusieurs chantiers illustrent cette dynamique d’innovation, à commencer par la réduction de la densité des élastomères conducteurs. Et pour cause : les charges d’argent représentent une part importante du coût des matériaux. En reformulant certaines gammes pour diviser par deux la quantité d’argent intégrée, Getelec parvient à baisser les coûts sans compromettre les performances de blindage CEM.
L’impression 3D est un autre levier d’efficience industrielle. Après plusieurs tests menés avec des partenaires extérieurs, Getelec a investi dans deux machines qui lui permettent de produire des prototypes à partir de ses propres matières qualifiées. Pour quelques centaines d’euros de frais de programmation, un client peut tester la forme et les performances d’une pièce avant d’engager la production en série. Cette approche intéresse notamment les fabricants d’absorbants hyperfréquences, des matériaux qui absorbent les ondes plutôt que de les bloquer, et pour lesquels des géométries complexes sont souvent nécessaires.
Enfin, l’entreprise exploite également l’intelligence artificielle pour accélérer l’analyse des cahiers des charges entrants et faciliter la recherche documentaire en interne.
Ces innovations servent la croissance commerciale de Getelec, qui réalise aujourd’hui 25 % de son chiffre d’affaires à l’export… et ambitionne de réaliser la moitié de ses revenus à l’international d’ici 2032.